1. La simultanéité.
Ce qui conduit Einstein à la
relativité, c’est la question de la simultanéité. En pratique, la
difficulté est la synchronisation des horloges de telle sorte que l’heure dans
les gares soit partout la même afin de permettre une circulation harmonieuse et
prévisible, pour le voyageur.
Que signifie que deux événements
(deux éclairs, par exemple) se produisent en même temps ? Rien. La
question est : en même temps pour qui ? Soit un observateur
placé à égale distance de deux éclairs, s’il reçoit en même temps la
lumière émise par les deux sources, les événements sont en effet simultanés.
Mais, si cet observateur est placé plus près d’une des deux sources, il recevra
la lumière de l’une avant celle de l’autre. Les mêmes événements ne sont
plus simultanés. Que signifie alors une simultanéité qui change selon
l’emplacement de celui qui en juge ? Le temps n'est pas le même pour les deux observateurs (comme, d'ailleurs, il n'est pas le même pour l'éclair lui-même)
Revenons au premier observateur
et doublons-le d’un autre situé justement dans un train en déplacement sur une
voie. Pour le premier, au même moment, les éclairs seront simultanés
tandis que pour le second, ils seront successifs.
Tout est donc affaire de référentiel.
Chaque référentiel a son temps propre. Et tout ceci tient au fait que la
vitesse de la lumière n’est pas infinie, mais limitée*. Il faut du temps
à la lumière pour parcourir de l’espace (de sa source à l’observateur), elle ne
se propage pas instantanément. L'observateur placé dans le train qui se dirige dans le même sens que la lumière de l'éclair percevra celle-ci plus tard que l'observateur immobile sur le quai. Inversement, si le train va vers la source lumineuse, l'observateur embarqué percevra la lumière avant l'observateur placé sur le quai.
*Remarque. Il ne va pas de soi que la lumière met du temps à se propager. On a cru, pendant longtemps qu'elle était instantanée, douée d'une vitesse infinie. Jusqu'à ce que, en 1676, Ole Romer fasse la démonstration du contraire.
Que signifie que la lumière ait une vitesse limite ? Que tout à coup l'espace et le temps s'articulent l'un à l'autre. Que la lumière d'une étoile lointaine (espace) met du temps (temps) à nous parvenir. L'étoile que je voyais briller dans le ciel au-dessus de ma tête recule soudain du temps qu'il a fallu pour que sa lumière me parvienne. La reconnaissance d'une vitesse limite de la lumière donne de l'épaisseur au temps et à notre univers.
2. La transformation de
Lorentz
Du coup, ce qui est en jeu, c’est l’universalité des lois.
Sont-elles les mêmes pour tous les observateurs ( = dans tous les
référentiels) ?
a.
Dans un monde où le temps et l’espace sont des absolus, comme dans la
conception classique de la physique, le passage d’un référentiel à un autre
se fait par la transformation de Galilée. Tout référentiel en mouvement
rectiligne uniforme (évidemment) par rapport à un référentiel (galiléen) donné
est lui-même galiléen et laisse les équations de la mécanique newtonienne invariantes.
Autrement dit, n’importe quelle expérience mécanique réalisée dans un système
au repos se déroulera exactement de la même manière dans un système en
mouvement rectiligne uniforme, c’est-à-dire à vitesse
u constante, par rapport au premier.
Si un point P a pour coordonnées
dans un repère R fixe (x, y, z, t), il aura pour coordonnées dans un repère R’
en mouvement rectiligne uniforme à vitesse u
le long de l’axe des x :
(x’ = x-u.t ; y’= y, z’= z et … t’
= t, puisque le temps est absolu, le même en tout repère).
Dans une transformation de
Galilée, les vitesses s’additionnent. Si dans le repère R un objet se
déplace à vitesse v, dans le repère R’ en déplacement à vitesse constante v’
par rapport R, l’objet se déplace à V = v + v’. Si une fusée qui avance à 10
km/s tire un missile qui avance à 10 km/s par rapport à la fusée, le missile
avance par rapport à la Terre, à 20 km/s.
Ce qui va contraindre à passer aux transformations de Lorentz,
c’est le fait que si la fusée avance à la vitesse de la lumière (c) et tire un
missile à quelque vitesse que ce soit, ce missile avancera à une vitesse c et
pas davantage. La vitesse de la lumière (dans le vide, faut-il préciser,
puisqu’elle peut être ralentie selon le milieu dans lequel elle se propage) est
la même pour tous les observateurs quel que soit leur mouvement, la même aussi
quelque soit la source, au repos ou en mouvement.
Le temps n’est plus le même partout (on va le voir), ce qui est le même
partout, c’est la vitesse de la lumière.
On notera ceci : que ce soit la lumière qui se déplace à la vitesse la plus grande de toutes est purement accidentel. En réalité, il faut qu'il y ait une vitesse limite, faute de quoi tout pourrait être la cause de tout (voir, plus bas, 3 : le cône de lumière) et il n'y aurait plus de lois, plus de physique.
On notera ceci : que ce soit la lumière qui se déplace à la vitesse la plus grande de toutes est purement accidentel. En réalité, il faut qu'il y ait une vitesse limite, faute de quoi tout pourrait être la cause de tout (voir, plus bas, 3 : le cône de lumière) et il n'y aurait plus de lois, plus de physique.
b.
Dans un monde où existe une vitesse limite et constante, il faut faire
appel à la transformation de Lorentz. Le problème est le même mais avec
une contrainte : la vitesse maximum pour tous les systèmes est c (la vitesse de la lumière). Lorsque la
vitesse envisagée est très petite par rapport à c, on revient aux transformations de Galilée.
On considère alors deux systèmes de coordonnées : l'un
R{x,y,z,t}, l'autre R'{x',y',z',t'}. Ces deux référentiels sont supposés en
translation uniforme l'un par rapport à l'autre, avec une vitesse uniforme u, de telle sorte que l'axe x de R
coïncide avec l'axe x' de R'. Les grandeurs x, y, z, t fixent un événement
relativement au système R. Ce même événement est fixé par les grandeurs x', y',
z', t', relativement au système R'. Il faut trouver les équations qui lient
ces grandeurs entre elles et permettent ainsi de passer d’un référentiel à
l’autre. (Les équations cherchées doivent être linéaires du fait de
l'homogénéité du temps et de l'espace). L'origine du temps dans les deux
systèmes est choisie au moment où les origines des coordonnées (O et O’)
coïncident. (Voir dans La Physique -Annexe - Les quadri-vecteurs, le détail de ces
transformations). On retiendra ici seulement que la transformation de Lorentz
permet de généraliser aux vitesses non négligeables par rapport à c, les transformations de Galilée.
Ici, la coordonnée x dans R est donnée par : x = g (x’ + b.ct’) où b = v / c et :
Si maintenant on veut rendre compte de deux
événements successifs (où x devient donc Dx et t, (Dt), on voit que dans un référentiel R en mouvement
par rapport au premier, le Dt qui les sépare est différent du Dt’ qui les sépare dans un autre référentiel R’. Une
horloge en mouvement semble ralentie par rapport à une horloge au repos. Soient
deux événements se déroulant dans R ,au même endroit, à des moments différents.
On a D x = D y = D z et D t > 0. Au même endroit une horloge immobile affiche deux heures
différentes à deux moments différents (D t > 0). Mais, dans R’, en mouvement par rapport
à R, les deux événements ne se déroulent pas au même endroit !
L’intervalle entre deux battements d’horloge
apparaît plus important (à un observateur au repos) si cette horloge est en
mouvement : le temps s’écoule moins vite. Dans le schéma ci-dessus,
le photon qui rebondit d’un miroir à l’autre a plus de distance à parcourir
dans l’horloge en mouvement que dans l’horloge immobile. Ainsi, la seconde, à
droite, est-elle plus longue qu’à gauche (en tous cas pour une horloge
comme celle de gauche). Si elle se déplaçait à vitesse c le temps serait
infini, le battement ne se terminerait jamais, le photon n’atteindrait jamais
le miroir supérieur. Naturellement, pour un observateur qui avance à la même
vitesse que l’horloge, le temps s’écoule « normalement ». C’est ce qu’on
nomme le temps propre du référentiel (il est noté t). Sur l’horloge de droite on a, comme à gauche,
0s, 0,5s et 1s
On voit ici que plus v (la vitesse imprimée à une masse) augmente et tend vers c (la vitesse de la lumière),
plus le dénominateur tend vers 0 (1 - 1) et donc Dt tend vers l’infini. Le jumeau embarqué dans la
fusée ne voit, lorsque celle-ci atteint une vitesse constante, aucune
différence avec ce qui se passait pour lui avant d’embarquer. Son temps
propre ressemble à celui de son frère resté sur Terre. Au terme du voyage,
pourtant, son frère aura vieilli plus que lui. Il y a une dilatation du
temps due à la vitesse.
Remarque. Une horloge placée au
sol avancera moins rapidement qu’une horloge placée en altitude. Ceci, à
cause de l’accélération de la pesanteur, plus forte au niveau du sol qu’en
hauteur. De même, une horloge placée à l’avant d’une fusée en phase
d’accélération va plus vite dans le décompte du temps qu’une horloge placée à
l’arrière. Plus la vitesse augmente dans l'espace, plus elle diminue dans le temps (moins le temps s'écoule vite).
Feynman avait ainsi calculé que le centre de la Terre vieillit moins vite que sa surface (un jour ou deux). Les calculs refaits récemment (2016) donnent plus exactement deux ans et demi. Et 40 000 ans pour l'écart entre surface et noyaux pour le soleil.
Feynman avait ainsi calculé que le centre de la Terre vieillit moins vite que sa surface (un jour ou deux). Les calculs refaits récemment (2016) donnent plus exactement deux ans et demi. Et 40 000 ans pour l'écart entre surface et noyaux pour le soleil.
Cela signifie que l’accélération
(celle de la pesanteur, g, dans le premier cas, celle du véhicule a, dans le deuxième) dilate le temps.
Ce qui est conforme à l’équivalence affirmée par Einstein des forces
inertielle (F = m.a) et gravitationnelle (P = m.g).(Voir plus loin).
Cela signifie aussi que l’espace-temps au voisinage de la Terre est courbe.
Traçons par exemple une durée de 60s au sol. La même durée de 60s à 100m
d’altitude paraîtra plus courte. Si l’espace-temps était « plat »,
les deux extrémités de ces tracés se rejoindraient. Ce qu’ils ne font
pas ! Témoignant de la courbure de l’espace au voisinage de la Terre (voir
plus loin).
De la même manière, il y a une contraction
des longueurs due à la vitesse. Soit un objet immobile dans un
référentiel R’ en mouvement uniforme à la vitesse v, par rapport à un
référentiel R immobile. Dans R’ l’objet mesure D x, c’est sa longueur propre. Quelle sera sa
longueur D x' pour l’observateur situé en R immobile ?. On a, par la relation
de Lorentz.
Ce qui donne : où l’on voit que quand v augmente et tend vers c, Delta x diminue et tend vers 0.
3. Le cône de lumière et le principe de causalité.
Cette limitation de la vitesse de
la lumière a une conséquence considérable : elle oblige à redéfinir complètement le principe de causalité.
Si pour A, placé plus près de l’éclair de gauche, ce dernier apparaît en premier
et celui de droite ensuite, pour B placé plus près de celui de droite, c’est
l’inverse. Et pour C placé à égale distance, ils apparaissent en même temps.
Or, si l’ordre de succession des événements est quelconque, arbitraire, il n’y
a plus de rapport de causalité.
Ce n’est pas ainsi qu’il faut
voir les choses. Les deux éclairs de l’exemple ne sont en effet pas cause l’un de l’autre et
c’est pourquoi, selon qu’on est ici ou là, on peut les voir dans un ordre ou
dans un autre.
Mais, prenons deux événements successifs. Quand A allume la lumière, B
allume son briquet. Si le briquet s’allume avant que B ait pu voir
la lumière allumée, il n’y a pas causalité. Il faut tenir compte là
encore, de la vitesse de la lumière. Si deux événements situés en deux points de
l’espace se succèdent à une vitesse supérieure à c, ils ne sont pas cause l’un
de l’autre. On dit qu’ils sont du genre espace et situés hors du cône
de lumière. Ici, cD t < D x où D x est la portion
d’espace-temps à parcourir et ct ou cD t est la distance parcourue par la lumière. Le
premier événement n’a pas le temps de produire le second. Ce dernier ne
peut donc être l’effet du premier.
Deuxième cas : la vitesse de
succession est inférieure à c ; cD t >
D x). B allume le briquet après
avoir vu la lumière. Le premier événement a le temps de produire le
second. Les deux événements sont dits du genre temps. Ils sont dans
le cône de lumière. L’un peut être cause de l’autre.
Dans le troisième cas, (cD t = D x),
l’espace séparant les événements est égal au temps qui les sépare. Ils sont sur
le bord du cône et peuvent être cause l’un de l’autre. Les deux
événements sont du genre lumière.
Ainsi, deux événements ne peuvent être dans un rapport de
causalité (surviennent dans un ordre défini, quel que soit le référentiel)
que s'ils sont tels que l'intervalle de temps, nécessaire pour une information
à parcourir l'intervalle d'espace qui les sépare, est plus petit (genre temps)
ou égal (genre lumière) à c. C’est le principe de localité d’Einstein.
Remarque :
Un objet (massif ou non) se déplace à la fois dans l'espace et dans le temps. A une vitesse globale qui est celle de la lumière (c). Un objet sans masse (par exemple le photon) se déplace à vitesse c dans l'espace, de sorte qu'il ne connaît pas de déplacement dans le temps. Un objet massif au repos ne se déplace donc pas dans l'espace, mais intégralement dans le temps , à la vitesse c (c'est-à-dire se produit ou change à la vitesse c). Le déplacement dans le temps correspond à un changement d'état. Par exemple, le vieillissement. Un objet massif en mouvement se déplace dans l'espace à une vitesse v et dans le temps à une vitesse c - v. plus le déplacement spatial est rapide (v tend vers c), moins l'objet modifie son état (dans l'exemple, moins il vieillit).
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire