L’Unification des
forces : théorie du Tout et Grande Unification
À 10-43
seconde après le Big-bang, donc après le mur
de Planck, l’univers présente un rayon de 10-33 cm et atteint une température de 1032 k, la force
gravitationnelle se sépare des trois autres forces encore unifiées : la
force forte, la force électromagnétique et la force faible.
1. La force forte, portée par les gluons (qui sont des bosons)
est celle qui maintient ensemble les quarks
pour former des hadrons (baryons ou
mesons). Elle est responsable du maintien dans le
noyau des protons qui, de charge positive, tendent à s’écarter les uns des
autres. Les bosons responsables de cette interaction sont donc les gluons. Ils sont dotés d’une très grande énergie (convertie en
masse selon la relation E = m.c², cette énergie est responsable de 90% de
la masse du proton). Ils n’ont pas de charge électrique (elle les empêcherait
de jouer leur rôle) et leur masse est nulle. Comme tels (toute particule de
masse nulle se déplace à la vitesse de la lumière), ils définissent une
interaction qui devrait avoir une portée infinie. Elle ne dépasse pourtant pas
10-15 m à cause d’un effet de confinement qui concerne les particules élémentaires
possédant une charge de couleur.
Cet effet de confinement tient à ce qu’on appelle la liberté asymptotique qui consiste en ce que l’attraction forte a
un comportement inverse de l’interaction électromagnétique ou de la
gravitation : la force augmente avec la distance. Deux quarks voisins n’interagissent plus. En
revanche, plus ils s’éloignent l’un de l’autre plus la force qui les relie
augmente (comme deux objets situés aux extrémités d’un ressort tendu). C’est ce
qui explique le confinement.
Alors que le photon ne transporte pas de charge
électrique lors de l’interaction de deux électrons, interaction dont il est le
vecteur, le gluon porte deux charges de couleur (il est bi-coloré) : il
est un tenseur dans l’espace des couleurs. Ainsi, les photons ne
peuvent jamais interagir entre eux alors que les gluons le peuvent. C’est cette
interaction qui est la clé du confinement.
Remarque : l’interaction nucléaire : Ce qui, ensuite, explique la cohésion du noyau (donc des protons et des neutrons ensemble, et non plus
seulement des quarks dans les protons et les neutrons), c’est un effet résiduel de cette interaction entre gluons. En effet, les
nucléons sont neutres en couleur, on vient de le dire, de sorte qu'ils ne
devraient pas être concernés par l’interaction forte. C’est l’interaction nucléaire. Elle n’implique donc pas directement les gluons. Selon Yukawa, en 1935, elle
serait due à un échange de mésons (eux-mêmes constitués d’un quark et d’un
antiquark).
2. L’interaction
électromagnétique qui (entre autres choses) maintient
les électrons en couches autour des noyaux est due à l’intervention d’une
deuxième sorte de bosons : les photons. Ces bosons sont de masse
nulle et l’interaction dont ils sont responsables a une portée infinie (qui
décroît toutefois avec la distance). Ils n’ont pas de charge électrique.
Le photon est un boson. Comme tel, il n’obéit pas au principe de
Pauli auquel sont soumis les fermions (noyau,
électrons, etc.). Ce principe pose que deux particules ne peuvent pas être au
même endroit dans un même état. Les fermions sont
individualistes, les bosons grégaires. C’est ce qui rend
possible les ondes de matière géante à l’origine du laser, de
la supraconductivité et de la superfluidité (voir Chapitre
15).
L’énergie du photon est liée à sa fréquence : E = h.v.
3. L’interaction
faible dont les effets les plus connus consistent en la
radioactivité bêta (Chapitre2. La mécanique quantique : 2. Les particules) est médiée par des « bosons
intermédiaires » : w+, w-et z0. A la différence des autres bosons, ils ont une masse (ce qui
n’a pas été sans poser de problèmes de compréhension, la symétrie est brisée puisque qu'un boson doit être de masse
nulle. C'est ce qui est à l’origine du postulat aujourd’hui vérifié de
l’existence du champ de Higgs, à qui ils doivent cette masse). Mesurée pour la
première fois en février 2018, la masse du boson w (découvert dès 1983 au CERN)
était égale, conformément aux prédictions, à 80.370 ± 19 MeV/c². Soit 80 fois la masse d'un proton. En conséquence la
portée de cette interaction est faible. Les deux premiers sont chargés
électriquement, le troisième est neutre. Depuis lors, de nouvelles mesures ont
été faites, relativement au boson w (au moyen du détecteur CDF du Tevatron
USA) et exploitées jusqu'en 2022 et ces mesures (80.433 ± 9 MeV/c²) posent problème car elles sont en grand désaccord
avec les contraintes (masse du boson de Higgs, charge électrique des autres
particules : électrons et quarks).
Cette
interaction ne met en jeu ni la masse (interaction gravitationnelle) ni la
charge (interaction électromagnétique) ni la couleur (interaction forte) mais la saveur (pour les quarks : Up, Down, Strange, Charm, Beauty,
Truth). Là, ni attraction ni répulsion, comme dans les trois autres cas, mais
une transmutation. Une action transformant la saveur d’un quark en une autre
saveur. C’est ainsi que l’interaction faible peut transformer un proton en
neutron (et réciproquement) en transformant un quark d en quark u (et
réciproquement).
L’interaction faible est
donc responsable des radioactivités b -
et b+.
4.
L’interaction gravitationnelle
est due à une courbure de l’espace-temps par un corps massif (ou une énergie).
Ainsi, la masse du soleil produit une déformation de l’espace (crée un champ gravitationnel) qui fait que la
Terre dont la vitesse de déplacement est insuffisante pour pouvoir s’en
échapper se déplace dans la champ de cette déformation de l’espace (elle tourne !).
L’interaction gravitationnelle n’est donc pas à proprement parler une force
mais plutôt une manifestation de la géométrie (à 4 dimensions) de l’espace-temps.
5. La théorie du tout (TOE) est une théorie qui cherche à unifier ces quatre interactions (dans une super force), puisque, avant le mur de Planck, les quatre forces
devaient être unifiées.
La difficulté, c’est l’incompatibilité apparente de la
mécanique quantique qui décrit un univers fondé sur la discontinuité (tout échange a lieu par quantas, dont par quantités discrètes)
et la relativité générale qui décrit, elle, un univers marqué, au contraire, par
la continuité de l’espace-temps.
6. La grande unification (GUT) est celle
des trois forces qui demeurent réunies après que la force gravitationnelle se
soit séparée d’elles. La matière n’existe pas encore. Il existe un vide quantique soumis
à de nombreuses fluctuations : apparition et annihilation de particules et
d’antiparticules virtuelles se déplaçant à la vitesse de la lumière.
Mais d’abord, que signifie ici « unification » ?
Partons d’un modèle : celui de l’unification de la force électrique et de la force magnétique en force électromagnétique. Il est apparu qu’elles relevaient d’une
même constante de couplage.
La constante de couplage* donne l’intensité d’une interaction. C’est un nombre sans dimension, non prédictible par la théorie mais expérimentalement déterminé. Celle de l’interaction forte est » 1. Cette valeur décroit à mesure que l’énergie de la réaction augmente. Celle de l’interaction électromagnétique est 1/137,035999176(50) = 7,297.10-3. Celle de l’interaction faible est 1,02.10-15 (celle de l’interaction gravitationnelle : 1,7518.10-45). On voit que, à la différence des constantes de couplage de la force électrique et de la force magnétique, celles des divers autres forces diffèrent. Il les faudrait réduire à une seule pour que l’unité soit réalisée.
Toutefois, à des niveaux d’énergie irréalisables dans nos dispositifs
expérimentaux, il se peut faire que les constantes de couplage convergent.
Ainsi, au-delà de la brisure de symétrie due au refroidissement de l’univers,
il n’est pas impossible que les trois forces aient été unifiées. Le champ de
Higgs, dans le vide, à ce moment-là avait une valeur nulle et les bosons W et Z
n’avaient pas plus de masse que les gluons ou les photons. On parvient même,
dans nos accélérateurs de particules, à faire converger force électromagnétique
et force faible, à reconstituer, en somme, la force électrofaible.
Les
expériences du CERN qui amènent en 1983 à la découverte des bosons W et Z ont
montré, en effet, l'unification des forces faible et électromagnétique à très
haute énergie. A ces niveaux d'énergie (de l'ordre 1 600 milliards de degrés
C), les deux forces agissent à intensité égale. Les deux interactions se
confondent en une interaction électrofaible. Et comme à mesure que l'énergie augmente on
constate que l'intensité de la force forte diminue, on peut penser qu'à des
niveaux incomparablement supérieurs (de l'ordre de 1028), la force forte agit à une intensité équivalente à celle
des deux autres forces. Là, les trois constantes de couplage deviennent une
seule !
L’ère de la Grande Unification a une durée très courte puisqu’elle va de 10-43
à 10-35 seconde, moment où la force forte se sépare des deux
dernières encore unifiées sous le nom de force
électrofaible. Elle s’achève par une expansion fulgurante où une énergie
colossale se trouve libérée : 1015 milliards d’électronvolts
pour une température de 1027 degrés.
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* La constante de couplage donne donc l'intensité de l'interaction. Il est intéressant de se demander comment aurait été l'univers si ces constantes avaient été différentes.
Par exemple, si la constante de couplage de l'interaction électromagnétique avait été de 1% supérieure à ce qu'elle est, l'univers ne connaîtrait aucune réaction chimique ; les atomes demeureraient isolés, ne cédant ni ne recevant d'électron, parce que les structures moléculaires seraient plus rigides. Inférieure ? Les molécules seraient très instables et beaucoup plus sensibles aux chocs et aux variations de pression ou de température.
Si maintenant, la constante de couplage de l'interaction forte était plus élevée, l'univers ne connaîtrait pas le carbone et serait constitué d'éléments lourds et très stables. Moins élevée, la fusion de l'hydrogène n'aurait pas lieu et le monde ne contiendrait que de l'hydrogène et nulle étoile ne scintillerait au firmament.
Si la constante de couplage de l'interaction faible était plus élevée, la désintégration des neutrons (désintégration bêta) les aurait tous détruits avant la formation des noyaux atomiques. Moins élevée, la conséquence eut été une égalité de nombre des neutrons et des protons, et, de fait, de l'hélium mais pas d'hydrogène.
Enfin si la constante de couplage de l'interaction gravitationnelle avait été plus forte, la combustion trop rapide du combustible nucléaire n'aurait pas laissé le temps à la matière de se constituer.
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